Avicenne XXI siècle

Nouvelles données sur l’emploi et les formations dans les biotechnologies de santé

Bioactualité 16 Jan 2012

En novembre 2004, le comité biotechnologie des entreprises du médicament (Leem) proposait, en conclusion d’une étude baptisée « Biomédicaments 2010 », une série d’actions destinées à « structurer la filière industrielle des biotechnologies de santée », dont le développement d’un plan stratégique national pour l’emploi et la formation.

Un an plus tard, en coopération avec le ministère de l’Éducation nationale et en partenariat avec AEC Partners, le Club Alfa et le comité Adebiotech, le Leem présente une nouvelle étude, élaborée au cours du 1er semestre 2005, décrivant les compétences, métiers, effectifs et formations en France dans les biotechnologies en santé humaine.

Emploi : stabilité et restructuration

Premier constat de l’étude, « les effectifs en biotechnologie sont beaucoup plus importants que ce qu’on pensait », note Emmanuelle Garassino, responsable de l’observatoire des métiers du Leem. Environ 20 000 personnes travaillent aujourd’hui en France dans des activités de biotech-santé, ce qui représente près de 20 % de l’emploi pharmaceutique. 55 % d’entre elles sont employées par des « big pharmas », dont la moitié dans des activités de bioproduction. Les 45 % restants exercent au sein de PME, au nombre de 251, localisées principalement en Île-de-France, Rhône-Alpes, Aquitaine et PACA.

Les auteurs reconnaissent manquer de données « historiques » sur les effectifs, mais n’envisagent pas d’évolution significative du nombre global de travailleurs dans ce secteur au cours des cinq prochaines années. Mais selon Manuel Gea, président du groupe synergies du Leem, cette apparente stabilité de l’emploi masque une profonde restructuration, comparable au phénomène de la « bulle Internet », avec un décalage de dix ans. « Le taux de casse est assez élevé dans ce secteur », explique-til. « Parmi les sociétés créées il y a trois ou quatre ans, un certain nombre vont très mal. » La perte d’emplois liée à la disparition de ces sociétés fragiles est compensée par la création de nouvelles start-ups et le développement de l’activité biotech dans les grandes sociétés pharmaceutiques.

Répartition des effectifs en biotech santé (en %)

L’Île-de-France, qui cumule 44 % des PME en biotech santé et le plus grand nombre de grandes entreprises pharmaceutiques, regroupe à elle seule plus de la moitié des travailleurs du secteur.

Des formations à adapter

L’étude identifie également les besoins de compétences des industriels biotechs en recherche et en production, dans un contexte d’évolution de la démarche de R&D; par rapport à la démarche traditionnelle de l’industrie pharmaceutique. « Sur les médicaments issus du vivant l’approche est différente, ce qui implique de travailler d’avantage en maillage entre recherche fondamentale et recherche clinique », relève Emmanuelle Garassino.

Cinq cents formations initiales aux biotechnologies ont été listées, de bac +2 à bac +8, principalement concentrées en Île-deFrance, Rhône-Alpes et Bretagne. Celles-ci, de l’avis des entrepreneurs interrogés, sont plutôt bien adaptées aux compétences scientifiques demandées, même si un renforcement des « fondamentaux » du secteur pharmaceutique (mathématiques appliquées, biochimie moléculaire, galénique...) serait profitable. En revanche, il y a un manque de formation aux compétences transverses : esprit managérial, communication, connaissance du cycle de vie du médicament... Selon les auteurs de l’étude, le cloisonnement actuel des formations et compétences ne permet pas de répondre aux enjeux des biotechnologies.

Plan d’action

S’appuyant sur les constats établis par cette étude, le Leem présente en conclusion le plan stratégique pour l’emploi et la formation auquel il s’était engagé l’an passé. Dans le but de renforcer le maillage des différents cursus (scientifique, médical, pharmacie, ingénieur), il propose la mise en place en 2006 d’un projet-pilote en Île-de-France associant quatre établissements d’enseignement supérieur de ces filières, dans le cadre du pôle de compétitivité MédiTech Santé. Pour former les salariés des sociétés biotechs aux cultures business et médicament, cinq stages de formation continue ont été lancés par le Leem pour le dernier trimestre 2005, prémices d’un projet national de formation. Pour répondre aux besoins des jeunes pousses biotechs en managers expérimentés, il est proposé une mutualisation du personnel « senior ». Afin de « ne pas former de futurs chômeurs » selon Marc de Garidel, président du Leem Biotech, et donc d’adapter les formations initiales au plus près des besoins des futurs employeurs, le Leem a élaboré une charte de recommandations à destination des écoles et des universités. Enfin, estimant que les pharmaciens, imposés par le code de la santé publique sur les sites de bioproduction, n’ont pas le profil le plus approprié pour cette activité, les auteurs de l’étude plaident pour une adaptation de leur formation ou un recours à des experts industriels adéquats. Les résultats de ce plan d’action et l’évolution de l’emploi et des effectifs en biotech santé seront évalués chaque année par le Leem.